

Un livre à lire absolument : Poser me va si bien, par Aïcha Liviana Messina, P.O.L, sortie le 5 mai 2005
Lecture/signature le mercredi 11 mai 2005 à 19h à la Librairie Michèle Ignazi.
Librairie Michèle Ignazi
15-17 rue du Jouy
75004 Paris
Tel : 01 42 71 17 00
Fax : 01 42 71 47 12
Email : michele.ignazi@wanadoo.fr
Poser penser
« Je ne suis rien. Qune émotion instable. Mais qui sait poser. » Doctorante en philosophie, Aïcha Messina pose nue depuis plusieurs années pour des artistes et des étudiants en art, de lécole Penninghen aux Beaux Arts. Les « notes » quelle en a tirées, aux confins de la théorie esthétique et de lautobiographie philosophique, constituent pour les édition P.O.L une double première ni lart ni la théorie, sauf rares exceptions (dont luvre de Jean-Louis Schefer), nayant trouvé jusqualors leur place au catalogue du grand éditeur littéraire. Cest quil sagit ici, avant tout, décriture, et dune expérience inédite : entrecroiser sans vergogne, sous la plume électrique (tantôt fulgurante tantôt télégraphique) de ce modèle-philosophe, les motifs de la pose, de la danse, du travail artistique et de lénigme philosophique. « Comment tenir ? » sinquiète le modèle. Sous les douleurs physiques et les poncifs pygmalionesques de la pose datelier, elle ouvre une véritable boîte de Pandore, tant les paradoxes quelle exhume plongent le lecteur dans un vertige théorique : il faut pouvoir bouger sans bouger, se libérer de limmobilité par limmobilité, découvrir la puissance de linertie, dun sang « exposé », sans début ni fin, indifférence ni « innocence ». Plaisir même de la pose (une fois passé ce moment « effrayant » où lon tombe le peignoir), la nudité du modèle nest ni sexuelle ni commerciale, comme le répète lauteure dans ses notes ( ) « Le plus vivant de moi est ma pause », martèle Aïcha Liviana Messina, quobsède ainsi, contre « lhumanisme » et les quêtes de « sens », lopération de désubjectivation à luvre dans la pose : s effacer à mesure que luvre avance, savourer linexistence, se désidentifier tout en offrant à chaque uvre (restée dans lhistoire après avoir « tué » son modèle) son unicité irréductible, sa chair propre. Avec sa discrétion « criante », le modèle est lenvers du Sujet : « ce quils copient cest la pose, ce nest pas moi » ( )
Déployant dans la pensée les tensions de la pose, ou léquivalent philosophique du croquis en art, ce journal à nul autre pareil revendique aussi la portée politique de son geste politique de la « futilité », de la « précarité », de la « nonchalance » , éthique du corps exposé autour duquel, partout, « la mort est à luvre ».
François Cusset, Livre Hebdo, 22 avril 2005
| Mai 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |||||
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | ||||
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | ||||
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | ||||
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||||||
|
||||||||||